Positionniste à la BNCI en 1965 (Archives historiques BNP Paribas).
Positionnistes
Position : à l’origine, il s’agit de la situation comptable d’un compte de client – son solde – sur les livres de la banque. Par extension, le mot a pris le sens de « procédure mécanographique de tenue de compte dans les agences ».
Positionniste : employé – il s’agissait quasi-exclusivement de personnel féminin – chargé de tenir la position des comptes
Feuille de position : grande feuille de papier cartonné de couleur jaune (à peu près de la dimension A3) servant à inscrire au fur et à mesure de la journée, les opérations comptables quotidiennes d’un client et de déterminer le solde du compte.
Positionneuse : machine électro-comptable destinée à inscrire les opérations sur la feuille de position.
Au moment de la fusion entre la BNCI et le CNEP en 1966, l’informatique bancaire était encore très peu développée. Hormis la comptabilité centrale équipée d’un gros ordinateur IBM 705, seuls les centres administratifs disposaient des premiers ordinateurs (des Bull Gamma 10 à cartes perforées) destinés à traiter les opérations comptables des agences.
En revanche, dans les sièges et dans les services centraux, toutes les opérations comptables – retraits et dépôts d’espèces, virements, remises de chèques etc., ce qu’on appelait le travail de table – étaient réalisées à la main, ou au mieux avec des machines à écrire. Les pièces comptables générées – les bleues pour les crédits, les roses pour les débits – étaient ensuite transmises à la position pour mettre à jour les comptes des clients, entreprises et particuliers.
Le poste de travail du positionniste se composait :
- d’un grand bac métallique dans lequel étaient rangées les feuilles de position par ordre de numéros de comptes. Chaque bac pouvait contenir plusieurs centaines de feuilles. Dans les succursales et agences importantes, il y avait ainsi plusieurs positionnistes qui se répartissaient les comptes.
- d’une machine mécanographique alpha-numérique- la positionneuse– comportant un clavier qui permettait à la fois de taper des mots et des chiffres. C’était le seul outil d’une agence offrant une certaine mécanisation des tâches.
Les positionnistes enregistraient les écritures sur la feuille de position du compte avec la positionneuse. Puis ils déclenchaient le résultat de la saisie et le nouveau solde du compte apparaissait automatiquement : en noir si le compte était créditeur, en rouge s’il était débiteur. D’où l’expression, qui est restée dans le langage courant : « être en rouge » à la banque.
Jusqu’au milieu des années 1970, la position était encore souvent tenue à la main dans les petites agences et notamment les bureaux. Comme au XIXe siècle. Le crayon à bille rouge et noir avait simplement remplacé la plume d’oie…
Mais c’est aussi à cette époque que la saisie par perforatrices des pièces comptables commença à se développer dans les agences. L’ère des positionnistes prenait fin.
Précisons toutefois que la feuille de position était un instrument, certes techniquement rudimentaire, mais très précieux et efficace, qui permettait aux chargés d’affaires – et aux inspecteurs – de connaître en temps réel, sans clavier ni écran, le solde du compte, les dernières opérations réalisées par le client, le volume du « mouvement de compte » etc. Il fallut, par la suite, de longues années avant d’obtenir le même résultat avec les terminaux informatiques en agence.
Roger Solomé
