La Maison dorée à Paris, 1978 (Archives historiques BNP Paribas, 1Fi510).
La Maison dorée
Tirant son nom d’un ancien restaurant baptisé « Maison dorée » (1842-1902), ce bâtiment emblématique de la BNP a fait l’objet d’une construction hors-du-commun, témoin du premier exemple de « façadisme » à Paris sous l’impulsion de Maurice Druon.
Au début des années 1970, l’État pousse à la création d’une Cité financière au cœur de Paris dans le quartier des Grands boulevards. La BNP, à court de surface pour installer ses équipes de la division internationale qu’elle vient de renforcer, compte acquérir l’îlot qui jouxte son siège social du 16 boulevard des Italiens. L’objectif est de centraliser ses différentes directions disséminées sur plusieurs immeubles et quartiers (Haussmann, Bergère, Vendôme). Ce projet est au cœur de la stratégie de Pierre Ledoux, président de la BNP, qui, dès 1972, précise ses attentes tant architecturales que organisationnelles concernant le futur immeuble à construire. Il puise son inspiration dans les sièges sociaux des banques américaines et allemandes.
L’acte d’acquisition définitif de la parcelle est signé en juin 1973. Une reconfiguration complète du bâtiment est prévue avec une destruction totale de l’îlot dit Laffitte et une élévation moderne, haute de 28,7 mètres, toit de machinerie inclus.
Un projet de construction qui devient celui d’une préservation patrimoniale du patrimoine
L’action de divers groupements pour la sauvegarde du patrimoine architectural à Paris, relayée par une campagne de presse, contrevient au projet de la BNP. Le nouveau ministre de la Culture, Maurice Druon, se déclare hostile au projet initial de démolition et fait du maintien de la conservation des 3 façades aux 136 fenêtres sur les axes Laffitte, Italiens et Taitbout la condition sine qua non pour accepter le permis de démolition de l’arrière des bâtiments. La BNP doit repenser rapidement son projet, puisqu’il y a urgence en termes de besoins immobiliers.
La BNP fait face et transforme son problème en opportunité : si l’essentiel du nouveau projet pour le ministère réside dans la conservation des façades, la banque présente le projet comme une restauration et non une nouvelle construction. Elle propose donc de conserver les façades anciennes et de construire un bâtiment moderne derrière ces bâtiments.
Ce bâtiment symbolise donc un revirement dans la politique de construction parisienne, qui prend désormais en compte la conservation du patrimoine historique y compris pour les nouvelles constructions.
Les caractéristiques du nouveau projet soutenu par Maurice Druon
Après avoir aplani leurs divergences, Pierre Ledoux et Maurice Druon en présentent les bases en août 1973. Afin de donner force publicité au projet et aux travaux de réhabilitation du patrimoine historique et de montrer l’implication de l’État dans cette nouvelle politique publique, Maurice Druon donne une interview à l’AFP et y présente la maquette du projet de la BNP à la télévision, dans un film d’une minute et demie diffusé par l’ORTF le 10 septembre 1973. Cette dernière intervention met fin au bras-de-fer entamé entre la BNP et le ministère quelques mois plus tôt, alors que le manque de place est de plus en plus criant pour la jeune banque en plein développement.
Les travaux de démolition de l’ilot s’étendent de septembre 1973 à février 1974. Puis le permis de construire définitif est accordé le 7 janvier 1975 sur les principes suivants :
- un bâtiment de bureaux de 6 étages en élévation et de 6 niveaux en sous-sol ;
- un pastiche « Maison dorée », une reconstitution du décor XIXe siècle à l’angle du boulevard des Italiens et de la rue Taitbout : les arcades du rez-de-chaussée, rue Laffitte, sont reconstituées à l’identique ;
- une architecture contemporaine d’une très grande qualité de matériaux et, par contraste, d’une très grande sobriété, en ménageant la rupture ancien-moderne par un jardin ouvert sur la rue.
En 1976, la réfection de l’ilot a coûté à la banque plus de 82 millions de francs, le maintien de la façade historique représentant un surcoût de 10 millions de francs par rapport au projet initial.
Le bâtiment est ouvert aux collaborateurs à l’automne 1976. L’« annexe Lafitte » devient alors le symbole de la banque moderne. Y sont regroupés les services de la DTAI, la DRAFEX et de la division internationale.
Un bâtiment adapté à la banque moderne
Les premières réunions dans le nouveau bâtiment se tiennent dès l’automne 1976. Le projet prend en compte plusieurs usages dont voici les éléments principaux :
- Une salle des marchés dernier cri comme centre névralgique : elle est ouverte en 1987 sur 1200 m².
- Un lieu pour assurer un débat économique : l’auditorium de la Maison Dorée accueille ainsi dans les années 1990 « Les entretiens de la Maison dorée », qui constituent un moment important dans la vie de la banque, avec des cycles de conférences pour les collaborateurs sur des thématiques variées ou encore des grands séminaires internationaux rassemblant chefs d’entreprises et grands dirigeants.
- Un auditorium comme vitrine pour des manifestations culturelles incarnant la modernité de la BNP : concerts, expositions, colloques, remises de prix de cinéma et soirées lyriques rythment la vie de la banque, devenu un passeur culturel actif.
Marie Laperdrix
