Agence de la BNP à New Delhi en 1990 (Archives historiques de BNP Paribas)
Inde
Au moment de la naissance de la BNP, la banque dispose d’un réseau ancien (1860) mais modeste en Inde avec des agences à Bombay et à Calcutta. Le système bancaire connaît une modification importante en 1969, lorsque le gouvernement d’Indira Gandhi décide de nationaliser quatorze grands établissements bancaires ; ce gouvernement fait souvent référence au modèle français dont les plus grandes banques sont publiques.
La Reserve Bank of India demande aux banques de drainer le maximum d’épargne afin d’encourager l’épargne populaire et de fournir davantage de ressources aux banques de sorte qu’elles puissent accroître leur volume de prêts. Aussi, la BNP lance les comptes d’épargne (Saving accounts) avec un solde minimum très bas. La banque met en œuvre cette nouvelle stratégie en ouvrant de nouvelles agences à Bombay et à Calcutta ; ainsi trois agences sont ouvertes en un an. Cette politique est impulsée par M. Burgault à Bombay et M. Kenneth Scraffe à Calcutta.
À Calcutta, c’est l’agence de Posta Bazar, inaugurée en 1967, située dans ce bazar qui allait devenir le principal marché de gros de l’Inde orientale. C’est aussi à cette époque que la BNP décline son nouveau concept de « banque de relations » avec des clients confiés à des Relationship Managers. Mais les débuts furent difficiles ; cette nouvelle banque étrangère, au nom peu familier, suscitait la méfiance. À cet égard, le surnom de « French Bank » – moins anonyme que le signe – fut d’un grand secours.
À Bombay, le choix d’une nouvelle agence se porta sur Kalbadevi, un lieu assez semblable à Posta Bazar, avec un important marché de gros. Si des montants importants sont collectés, les fonds ne restent pas dans la banque ! Un ancien directeur explique : « Ce fut la panique dès l’ouverture, des montagnes d’espèces déposées chaque jour par les marchands de gros, mais aussi par les clients des agences de loterie. Essentiellement des petites coupures maculées. Des dépôts considérables étaient effectués tous les jours en billets de banque, en chèques, mais en fin de journée tout ou presque était retiré par des chèques de compensation ».
Cette politique ne donna pas les résultats escomptés et ces nouvelles agences furent fermées progressivement à partir de 1984.
La BNP disposait également d’un représentant en Inde, basé à Delhi. Francis Wacziarg, représentant de la banque de 1974 à 1978, explique les missions qui étaient les siennes : « À cette époque, la banque gérait avec le ministère des Finances indien un prêt consenti à l’Inde pour moitié par le gouvernement français et pour moitié par un pool de banques françaises. Nous gérions cela pour le compte de l’ensemble des banques puisque nous étions la seule banque française présente en Inde ! Le prêt était d’environ 300 millions de francs. Hormis cela, j’assurais la relation des clients de la banque et les assistais dans leurs négociations pour leur implantation en Inde. Celle-ci ne pouvait se faire que sous forme de collaboration avec un partenaire indien ».
En 1980, la BNP en Inde se situait en 7e position parmi les banques étrangères ; mais la part de marché des banques étrangères était faible, inférieure à 4%. En effet, ne pouvant recevoir des dépôts de la part des entreprises publiques, les banques étrangères ne disposaient pas de ressources suffisantes pour prêter aux grands clients indiens. La BNP comptait alors 360 salariés dont 4 expatriés. Elle travaillait principalement avec une clientèle d’entreprises mid-cap, avec une offre limitée de produits et services (découverts, crédits export, lettres de crédit, opérations de change spot).
Au milieu des années 1980, l’informatique fait son apparition et la comptabilité commence à s’automatiser avec le déploiement du logiciel ATLAS.
En 1984, la banque ouvre une agence à Delhi, au cœur du centre d’affaires. Cette ouverture est un succès. Lorsque la BNP fête le 125e anniversaire de sa présence en Inde en 1985, elle reçoit la visite du président René Thomas ; Celui-ci prend conscience que la banque traverse une période difficile et qu’elle n’a pas tiré avantage d’avoir été la première banque française à s’implanter en Inde. De fait, la BNP n’a en Inde ni le rang parmi les banques étrangères, ni la forte image qu’elle a su donner partout ailleurs en Asie.
125e anniversaire de la BNP en Inde : médaille commémorative, René Thomas (Archives historiques de BNP Paribas).
La structuration de l’action de mécénat à la BNP (années 1980-1999)
Entre 1990 et 1994, la banque, alors dirigée par Jean-Claude Tremosa, connaît une évolution importante ; d’abord en termes d’organisation avec la création de nouveaux départements fonctionnels (Systèmes, Contrôle de gestion, Audit). Ensuite, en termes d’activité : la banque arrête l’activité de banque de particuliers et se concentre sur les grandes entreprises, tout en développant les opérations de trésorerie et de change. Elle ouvre de nouvelles agences à Bangalore et à Pune en 1995. Cette même année, la BNP est distinguée par The Economic Times – premier quotidien des milieux d’affaires indiens – comme étant la banque étrangère la plus profitable.
En 1997, la banque lance en pionnière parmi les banques étrangères le service de banque privée. L’année suivante, le suivi des risques est centralisé à Bombay. Des nouvelles agences sont ouvertes : Ahmedabad en 1996, Chennai en 1998.
Geoffroy de Lassus
Bibliographie :
Geoffroy de Lassus, The history of BNP Paribas in India, 1860-2010, Mumbai, BNP Paribas, 2010, 115 p.
