Bizot (Henry)
Henri Bizot est le premier président de la BNP, de 1966 à 1971.
Du ministère des Finances au CNEP
Né en 1901 dans l’Isère, fils et frère d’un inspecteur des Finances, Henry Bizot entame une carrière de fonctionnaire, puis de haut-fonctionnaire au ministère des Finances à l’issue de ses études de droit et de lettres. Il est rapidement mis dans le bain des affaires de l’État comme secrétaire de la Haute Commission interalliée à Coblence en 1920-1921, puis comme membre des cabinets des ministres des Finances Poincaré (1927) et Chéron (1929-30). Il est nommé inspecteur des Finances en 1928 mais quitte la Fonction publique pour le Comptoir national d’escompte de Paris en 1930 : il explique avoir fait ce choix en raison de l’encombrement de la haute administration du ministère par les Bizot. Il entre au CNEP comme secrétaire général adjoint, avant d’en devenir le secrétaire général en 1932.
Un dirigeant résistant
Mobilisé à la déclaration de guerre, il se porte volontaire pour une unité combattante malgré sa situation de père de famille de 5 enfants et il est blessé en juin 1940. Revenu à la banque, il est nommé au grade de directeur le 8 juillet 1940. S’il protège les salariés des réquisitions du STO, il s’engage résolument pour la Résistance, avec l’appui de son président Alexandre Célier : il participe aux réunions de l’OCM (Organisation civile et militaire) organisées par Pierre Lefaucheux, rentre dans les rangs des FFI. Il est proche de Témoignage chrétien dont il distribue les numéros clandestinement. En décembre 1944, il s’engage dans la division Leclerc jusqu’à la fin de la Guerre. Henry Bizot recevra la croix de guerre 1939-45 et la Légion d’honneur à titre militaire. Admirateur du Général de Gaulle, il le fréquente régulièrement jusqu’à 1958 au titre de l’Union privée pour l’aide à l’action du Général de Gaulle (UPANG).
Vers la présidence du CNEP
Au Comptoir, il multiplie les voyages après-guerre, notamment à l’étranger car les implantations de la banque sont exposées aux secousses de la décolonisation. Il est nommé directeur général adjoint en 1957, puis directeur général en 1959. Conscient des risques pesant sur la CNEP, en position moins favorable que les autres nationalisées, il prend des mesures visant à augmenter le nombre de sièges et à rajeunir l’encadrement supérieur en recrutant dans les grandes écoles. Il est nommé président du CNEP en 1964 et passe alors « les années les plus pénibles de sa vie de banquier » (H. Bizot, Une belle aventure, ch. 4) en essayant de sauvegarder les intérêts du Comptoir, menacé de disparition au profit des 3 autres grands concurrents.
Le premier président de la BNP
Lorsque le ministre des Finances Michel Debré lui annonce le 1er mai 1966 la fusion prochaine du CNEP et de la BNCI pour former la BNP, dont il sera le président pressenti, Bizot presse le ministre de faire la fusion à chaud dès le 1er juillet et de ne procéder à aucun licenciement.
Henry Bizot forme avec Pierre Ledoux, directeur général de la BNCI devenu directeur général de la BNP, le tandem qui va diriger la nouvelle banque pendant 5 ans. Leur entente, en plus de la complémentarité des deux établissements, est une des raisons du succès de la fusion. Si la BNCI, qui s’est davantage modernisée dans les années précédentes, impose son mode d’organisation plus perfectionné, avec un Pierre Ledoux à la manœuvre, Henry Bizot prend sa part du travail, notamment en défendant auprès des grandes entreprises clientes la place désormais prépondérante de la BNP dans les crédits ou les émissions de valeurs mobilières. Il fait nommer René Thomas, un ancien du Comptoir, directeur de la nouvelle direction des grandes entreprises et du développement en 1971. Thomas sera ultérieurement président de la BNP. Bizot visite aussi les implantations étrangères pour défendre ou étendre la place de la BNP. Le président et le directeur général ayant pris l’habitude de se voir tous matins, une complicité s’est nouée entre eux et c’est tout naturellement qu’au moment de prendre sa retraite en 1971, Henry Bizot défend auprès du ministre des Finances Giscard d’Estaing la nomination de Ledoux comme président.
À côté de sa carrière professionnelle, Henry Bizot fut vice-président de l’Institut catholique de Paris, maire d’Assé-le-Boisne (Sarthe) et conseiller général du canton de Fresnay-sur-Sarthe (de 1945 à 1976).
Roger Nougaret
Bibliographie
- Henry Bizot, Une belle aventure, 1972, 35 p. Publication personnelle.
- Claire Andrieu, La banque sous l’Occupation : paradoxes de l’histoire d’une profession : 1936-1946, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1990, 331 p.
- Fabien Cardoni, Nathalie Carré de Malberg et Michel Margairaz (dir.) Dictionnaire historique des inspecteurs des Finances 1801-2009, Paris, CHEFF, 2012.
