Ancien logo de la Banque de Bretagne
Banque de Bretagne
La plus ancienne banque privée bretonne
Fondée à Rennes en 1909 par onze banquiers bretons sous l’égide de la Banque de France, la Banque de Bretagne est la plus ancienne banque privée bretonne.
Après des débuts timides (1909-1920), une deuxième phase (1920-1945) voit la banque étendre son rayon d’action. Elle intègre plusieurs banques fondatrices et ouvre de nouvelles agences dans le Morbihan et les Côtes d’Armor. Malgré la crise de 1929, elle se renforce et s’implante dans la région malouine. En 1942, elle compte 21 agences, consolidant ainsi sa présence dans le nord-est de la Bretagne quand son concurrent, le Crédit nantais, est plutôt implanté au sud et à l’ouest de la région.
Durant les Trente glorieuses (1950-1980), la Banque de Bretagne se place résolument au service des PME. Dans les années 1960 et 1970, elle continue de se développer, ouvrant des agences dans le Finistère, à Nantes et à Paris. Elle est également membre fondatrice de la Société de développement régional (SDR) de Bretagne, contribuant au développement économique de la région. Dans le domaine agro-alimentaire elle se distingue par son soutien dès leurs débuts d’entrepreneurs emblématiques tels qu’Yves Rocher (La Gacilly), Bigard (Quimperlé) ou Doux (Châteaulin).
Le rachat par la BNP
Malgré la nationalisation (1982), l’intégration dans le réseau BNP puis BNP Paribas (1989-2012) assurent la pérennité de la Banque de Bretagne. En 1989, la Banque de Bretagne et sa filiale, la Banque de la Cité (spécialisée dans les financements du cinéma et de l’art), sont mises sur le marché par le gouvernement. Convoitée par la plupart des banques de la place (et notamment par le Crédit Mutuel de Bretagne), la banque nationalisée est finalement reprise par la BNP de René Thomas et Daniel Lebègue. En juillet 1989, Baudouin Prot se déplace à Rennes pour installer une mission d’inspection conduite par Denis Laplane. Dès le mois d’août, René Thomas confirme son intérêt pour l’opération. Il reste à obtenir l’aval de l’Élysée et du Premier Ministre, Pierre Bérégovoy. Dans ses Mémoires, Xavier de Villeneuve ne cache pas son choix personnel en faveur de la BNP :
« Les relations humaines se présentaient sous les meilleurs auspices. La décision était difficile pour le descendant de quatre générations de banquiers privés que j’étais mais elle prenait en compte les réalités. »
Le 22 septembre 1989, le président Thomas se rend à Rennes pour exprimer son ambition de renforcer les positions de la BNP en Bretagne. Dès le mois d’octobre, Philippe Barrière est nommé directeur général. Pur produit de la BNP, ce directeur du groupe d’Angers (futur directeur de réseau de la DRBP, direction de réseau du Bassin parisien) est flanqué de Denis Laplane, chef de la mission d’inspection venue auditer la Banque au cours de l’été. Avec beaucoup de clairvoyance, Xavier de Villeneuve dresse un portrait tout en demi-teinte du nouveau directeur général, un personnage qui ne peut laisser indifférent :
« Ce Bordelais, docteur en sciences économiques, étonne par sa calvitie cernée de cheveux noirs bouclés qui lui retombent sur les oreilles. Le regard est droit et franc. La lèvre se pince dans les moments de tension. On ne peut douter de son intelligence, de son sens du contact. Par nature, il sera dur, rigoureux, ce qui n’exclut pas une réelle chaleur humaine. »
Rationalisation et réorganisation
Au nom de l’efficacité, Philippe Barrière décide et met en œuvre deux plans sociaux fondés sur le volontariat. En moins de trois ans, l’effectif de la Banque chute de 1100 à 750 ETP (- 350). Comme l’indique Xavier de Villeneuve, « le réseau sera réorganisé, les baronnies remises en cause. Le premier contrôleur de gestion, c’est le directeur général, le premier responsable des engagements c’est encore lui. »
À la fin de l’année 1992, Xavier de Villeneuve, promu président d’honneur, fait valoir ses droits à la retraite. Si le nouveau directeur général a nettoyé et restructuré la banque, son président, amer, reconnaît en avoir payé le prix lourd à titre personnel :
« Près de Philippe Barrière, il reste peu de place (…). En cette fin d’année 1992, j’ai la conviction d’avoir seul apporté la Banque de Bretagne à la BNP. Sur le fond, je ne le regrette pas. Les tractations qui ont environné mon départ ont pour le moins manqué de grandeur. Dans ce contexte, il me fallait bien prévoir de rencontrer le manque de courage… Au hasard des conversations, en relevant une phrase ici, un mot là, j’en suis venu à penser que le schéma de mon actionnaire avait prévu, dès le départ, ma disparition prochaine. Le rétablissement de ma santé, mes conceptions régionalistes, ma volonté de garder une large autonomie face aux décisions parisiennes posaient problème. Mon fauteuil devait revenir à quelqu’un du sérail. »
Avec les pleins pouvoirs et le statut de PDG, les successeurs de Xavier de Villeneuve sont effectivement issus de la BNP. Leur objectif consiste à relancer la dynamique commerciale de la banque : Claude Wicky a dirigé le groupe de Marseille, Patrick de Villepin celui de Caen.
Mais la tâche est rude, la mission est loin d’une sinécure : à la tête d’une banque à nouveau privatisée à la suite de sa maison mère (1993), Claude Wicky vend dans d’excellentes conditions (52,5 M. de francs) le siège social de la banque à la région Bretagne (1995). À peine installé dans ses nouveaux locaux du 18, quai Duguay-Trouin, des défis multiples et variés attendent Patrick de Villepin, son successeur : concurrence exacerbée autour des gains de parts de marché ; difficultés informatiques et marketing liées au renouvellement de l’offre produit ; résolution de l’épineux dossier des avoirs juifs au cours de son mandat au Conseil de l’AFB (1999-2002), sans oublier le passage de la banque à l’euro et à l’an 2000…
Le siège de la Banque de Bretagne à Rennes en 1996 (Journal Dialogue, Archives historiques BNP Paribas).
Epilogue : la disparition d’une banque de plein exercice
Devenue filiale de BNP Paribas en 2000, la Banque de Bretagne s’appuie sur un réseau de 69 agences, avec 650 collaborateurs, des centres d’affaires et des pôles de banque privée, la Banque de Bretagne a conservé une certaine autonomie de gestion et une clientèle propre, souvent différente de celle de la maison mère. Elle a toutefois du mal à accompagner ses grands clients et à maintenir une informatique autonome et performante. Elle ne dispose pas de la taille critique pour se maintenir dans la durée et l’intégration dans le réseau BNP Paribas va s’imposer naturellement.
Le 2 octobre 2010, la création de la banque « BNP Paribas – Banque de Bretagne » est officialisée sur les quatre départements bretons. Les agences parisienne et nantaise sont quant à elles intégrées dans le réseau BNP Paribas.
Le 12 mai 2012, la Banque de Bretagne disparaît officiellement en tant que banque indépendante de plein d’exercice. Seule la marque est maintenue au sein de BNP Paribas.
Ainsi la Banque de Bretagne a joué un rôle crucial dans l’histoire bancaire de la région, mais les changements structurels et les défis du marché ont finalement conduit à sa disparition en tant qu’entité indépendante. Sa marque et son héritage continuent cependant d’influencer le paysage bancaire breton.
Patrick de Villepin
Les Présidents
1- Alphonse Bitouzé (1909-1934), président 2- Jean Le Ho (1934-1948), président 3- Yves Henry de Villeneuve (1948-1969), président 4- Jean Rouyer (1969-1982), PDG 5- Gilbert Moch (1982-1984), président 6-Jean Michaudet (1984-1986), président 7- Xavier Henry de Villeneuve (1986-1993), président 8- Claude Wicky (1993-1997), PDG 9- Patrick de Villepin (1997-2002), PDG 10- Gérard Uzel (2002-2005), PDG 11- Jean-Claude Lallemant (2005-2012), PDG
