Affiche pour une campagne internationale de la BNP, 1977 (Archives historiques de BNP Paribas, 4 AF 31).
Lors de sa création en 1966, la BNP disposait déjà d’une solide, quoique partielle, expérience du marché américain, grâce à la présence historique du CNEP. Nul groupe bancaire ne pouvant prétendre proposer une offre globale et mondiale sans avoir une solide position aux États-Unis, la BNP s’employa à développer son activité à l’Est puis à l’Ouest du pays. Les années BNP sont marquées par une suite d’acquisitions, une diversification et une croissance continues.
Une implantation ancienne
Si le souvenir des succursales ouvertes à San Francisco (1877-1903), Chicago (1893-1899) et la Nouvelle Orléans (1894-1904) avait pu s’estomper, le Comptoir avait créé une filiale bancaire à New York en 1919, au sortir de la Première Guerre mondiale : la French and American Banking Corporation (FABC), en partenariat avec la First National Bank of Boston et la National Bank of Commerce. Le Comptoir opérait aussi à New York avec un bureau de représentation ouvert en 1903 après la fermeture de ses agences. Après la crise de 1929, les opérations de la FABC furent principalement dédiées au financement du commerce international et au correspondent banking, dans la tradition du CNEP ; en 1947, la Banque de l’Indochine reprit les participations américaines tandis que la Compagnie financière de Suez entrait aussi au capital en 1959.
Renforcement de la position de la BNP à New York, 1976 et 1986
En 1971, la BNP prit le contrôle intégral de sa filiale FABC ; toutefois, celle-ci ne pouvant pas offrir une large palette d’opérations, notamment consentir des crédits aux entreprises américaines et recevoir des dépôts locaux, la banque ouvrit à cette fin une agence à New York et un bureau à Houston en 1976. Elle venait déjà d’ouvrir une agence à Chicago en 1974 pour asseoir sa présence sur le marché des matières premières (commodities). Dallas et Miami suivirent en 1982 et 1984.
Les marges de la banque commerciale classique s’amenuisant, la BNP décida d’élargir sa palette d’activités et s’ouvrit à partir de 1986 à de nouvelles activités sur les marchés financiers, en accord avec son évolution en métropole et en Europe. La direction de la FABC et de la succursale furent unifiées autour de la succursale de New York. Le Groupe de New York disposait désormais progressivement d’une nouvelle salle des marchés, d’un département immobilier, d’équipes de financements de projets, de LBO ou encore dédiées aux marchés émergents américains (Mexique, Argentine, Brésil). Son activité se développa avec succès mais non sans risques comme lors de la crise immobilière de 1991.
L’aventure californienne
En 1969, la BNP ouvrit une agence à San Francisco, la Californie connaissant alors une croissance économique remarquable. L’agence avait le statut d’agency, c’est-à-dire de représentant d’une banque étrangère non enregistrée sous les lois californiennes : elle ne pouvait recevoir de dépôts de la clientèle particulière en vertu de la législation locale et pratiquait le métier de banque commerciale avec les entreprises américaines ou étrangères, notamment françaises. Le marché monétaire et les opérations de change constituaient l’autre domaine important d’activités. Dès la fin de l’année un bureau compléta le dispositif à Los Angeles. L’agency devint succursale en 1979.
En 1972, afin d’enrichir son offre, la BNP créa à San Francisco une filiale dédiée à la banque de détail, la French Bank of California ; celle-ci disposait en 1978 d’un réseau de 5 agences. Dans l’esprit du président Ledoux, c’était un maillon supplémentaire dans le dispositif international de la BNP permettant de « ceinturer le Pacifique » avec les implantations au Canada, en Australie et en Asie.
Le siège de la Bank of California à San Francisco, 1972 (Archives historiques BNP Paribas).
Un coup d’accélérateur fut donné en 1979, avec l’acquisition de la Bank of the West, 11e banque californienne par la taille, dont les racines remontaient à 1874 ; l’acquisition totale du capital de Bank of the West fut finalisée en 1980 et la banque absorba le French Bank of California, ce qui portait le nombre de sièges en Californie à 72. En raison de sa notoriété, Bank of the West conserva son nom. Située à San Jose, la banque fut au cœur du développement de la Silicon Valley dans les années 1980 et 1990. Par des acquisitions successives de petits réseaux, la banque arriva à une centaine d’agences en Californie en 1998 mais sortit aussi des limites de cet État pour prendre quelques positions dans l’Ouest américain. Après un essai de diversification dans le financement du commerce international, Bank of the West revint vers du community banking, au plus proche des besoins du territoire.
Agence de la Bank of the West à Los Angeles, 1988 (Archives historiques BNP Paribas).
Le caractère de banque de proximité de la Bank of the West fut confirmé par une importante opération : le 1er novembre 1998, Bank of the West fusionna avec First Hawaiian Bank, première banque à Hawaii, au sein de l’entité Bankwest Corp., dont la BNP devint l’actionnaire de référence avec 45% du capital. Les deux banques continuèrent à opérer sous leur marque d’origine et offraient un réseau de 200 agences à 800 000 clients.
Épilogue
Après la fusion BNP/Paribas en 2000, l’entité de banque de financement et d’investissement établie à New York prit une nouvelle dimension grâce à l’apport des équipes de Paribas. À l’Ouest, Bank of the West passa remarquablement la crise financière de 2007-2008 grâce à une sage gestion, exempte de prêts subprime, mais elle fut revendue avec une confortable plus-value en 2023, dans le cadre d’une réorientation stratégique du Groupe BNP Paribas et en l’absence de synergies réelles avec la banque de financement et d’investissement.
Roger Nougaret
Bibliographie
Isabelle de Fleurac (dir.), The history of BNP Paribas in the United States, 1858-2028, New York, BNP Paribas, 2018, 111 p.