Affiche sur la décentralisation du réseau BNP, 1976 (Archives historiques de BNP Paribas, 4 AF 16)
Après la fusion de 1966 entre la BNCI et le CNEP, la nouvelle BNP conserva l’organisation territoriale des agences de métropole de la BNCI. Deux grands réseaux se partageaient alors l’ensemble du territoire : la direction des Agences de Paris, la DAP, et la direction des Sièges de Province, la DSP. Elles furent un temps dirigées par deux grandes figures de la banque : Jacques Masson pour Paris et Guy Real del Sarte pour la province.
Mais le nombre d’agences résultant de la fusion ayant doublé, il fut alors décidé fin 1971 de scinder la DSP en trois « réseaux » distincts, tandis que la DAP conservait pour sa part son statut. On créa ainsi :
– La DRPN : direction de la Région parisienne et du Nord, en charge du Bassin parisien -au sens très large puisqu’il comprenait, outre l’Ile-de-France, la Normandie, le Centre-Val de Loire, et le Nord-Picardie ;
– La DROSO : direction de l’Ouest et du Sud-ouest, soit les régions au sud d’une ligne allant du Mont Saint-Michel à Montpellier jusqu’à la frontière espagnole ;
– La DRESE : Direction de l’Est-Sud-est qui allait de Strasbourg à Nice, en remontant par Marseille, Clermont-Ferrand et Lyon.
Mais ces réseaux, mis en place début 1972, étaient regroupés sous l’autorité d’une direction centrale des Réseaux métropolitains (DCRM) qui assurait leur cohésion et gérait les problèmes communs. Les directeurs de réseaux demeuraient parties intégrantes de la Direction générale de la banque et avaient leurs bureaux dans les étages de l’immeuble Italiens à Paris.
Au début des années 1970, les pouvoirs publics étaient partagés entre, d’une part, la volonté de pousser en avant Paris comme place financière européenne pour faire pièce aux autres grandes places internationales, notamment Londres et, d’autre part, une volonté de décentralisation poussée par la DATAR (Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale) : plusieurs rapports publics témoignent de cette tension et de la volonté du monde bancaire de conserver une prééminence à Paris. Dans ce cadre, la BNP prit, sous l’impulsion de Pierre Ledoux – et surtout de Jacques Masson, patron de la DCRM – la décision de pousser plus avant la décentralisation.
Une mission de découpage du territoire en « directions de réseau décentralisées », les DRD, fut confiée à un chef de mission, Marc Lavergne, futur Inspecteur général, lors de la fameuse mission de Lyon de 1974. A l’issue de ses travaux, Marc Lavergne proposa un projet d’organisation territoriale qui, à quelques détails près, fut adopté par Jacques Masson et mis en place en quatre ans.
Le dispositif était le suivant (il n’a guère changé après la fusion BNP Paribas) :
– le territoire métropolitain restait placé sous l’autorité de la DCRM (qui par la suite deviendrait BDDF-Banque de détail en France) ;
– A Paris, demeuraient la DAP et, à La Défense, la direction de réseau du Bassin Parisien, la DRBP, qu’on n’osa tout de même pas appeler « décentralisée » (juin 1974).
La province était découpée en huit « DRD » regroupant de deux à six régions administratives, dont les noms, rassemblant ceux des régions concernées, inspirèrent à la technocratie parisienne des sigles aussi barbares qu’imprononçables :
-La DRNP-Lille : pour Direction du réseau Nord-Picardie, que beaucoup, à commencer par Jacques Calvet, appelaient systématiquement la « DR-Nord-Pas- de- Calais »… (juin 1974)
-La DRRAA-Lyon : pour direction du réseau Rhône-Alpes Auvergne (octobre 1975)
-La DRPACC-Marseille : pour direction du réseau Provence-Alpes-Côte d’Azur-Corse (février 1976)
-La DRPLB-Nantes: pour direction du réseau Pays de la Loire-Bretagne (novembre 1976)
-La DRAFC-Strasbourg: pour Direction du réseau Alsace Franche-Comté (janvier 1977)
-La DRMPLR-Toulouse : pour direction du réseau Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon (novembre 1977)
-La DRAPCL–Bordeaux : pour direction du réseau Aquitaine-Poitou-Charentes- Limousin (février 1978)
-La DRLCAB-Nancy : pour direction du réseau Lorraine-Champagne-Ardenne-Bourgogne (février 1978)
Les directions de réseau décentralisées en 1978 (Journal Dialogue, Archives historiques BNP Paribas)
Néanmoins, le problème de la décentralisation demeurait au cœur des réflexions des Pouvoirs publics, y compris dans le domaine financier. Aussi, le 30 mai 1978, le Premier ministre Raymond Barre confiait-il à Jacques Mayoux, la présidence d’un comité chargé “d’indiquer quelles modifications de structures de fonctionnement et de gestion du système bancaire et financier peuvent développer la fonction financière
Les conclusions de ce rapport, qui donne lieu à une forte couverture médiatique, débordent largement les termes de la lettre de mission et reflètent plus les opinions de son rapporteur. Elles vont donner lieu à de vifs débats et susciter de fortes critiques de la part des dirigeants des grandes banques nationales, notamment en ce qui touche à la décentralisation de leur structure. En effet sans méconnaître l’effort de déconcentration régionale accompli depuis plusieurs années par ces dernières, particulièrement par la BNP, Jacques Mayoux estime qu’il convient d’aller plus loin et de doter ces établissements d’une structure décentralisée à l’image de celle du CIC, avec la création de filiales régionales. L’opposition conjuguée du Trésor qui met notamment en avant les dangers d’une telle orientation au regard de leur activité internationale, en limitera l’application à quelques recommandations du ministre.
De son côté la BNP, bien que ces DRD, fussent réellement implantées sur le terrain, soucieuse d’éviter toute tentation de séparatisme, maintint le statut de « membres de la direction générale » des directeurs de réseaux. Il s’agissait de marquer clairement qu’il n’y avait pas de « directions régionales » autonomes au sens des caisses régionales de Crédit agricole, par exemple. Ainsi, les directeurs de réseaux étaient convoqués tous les quinze jours à Paris, pour un « Comité province », auquel assistaient d’ailleurs les parisiens de la DAP et de la DRBP ainsi que tous les autres directeurs de la Direction générale. Présidée par le président de la banque, la séance, assez solennelle, se tenait dans la salle du conseil d’administration. Mais c’étaient essentiellement les directeurs de réseaux qui avaient la parole pour donner brièvement quelques informations sur la marche de leur réseau et, surtout, présenter leurs dossiers d’engagements pour renouvellement des autorisations de crédit. Ce qu’on appelait les « dossiers comité » ou « comités » tout court.
Roger Solomé