Australie

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Lors de la fusion du CNEP et de la BNCI en 1966, le CNEP est déjà présent en Australie depuis 1881, alors que la BNCI ne l’est pas. Les autorités australiennes considèrent que la présence éventuelle de la nouvelle BNP en Australie s’analyserait comme l’arrivée d’une nouvelle banque étrangère ce que la règlementation ne permet pas. Henry Bizot, premier président de la BNP, doit se rendre en Australie pour régler ce problème et il en écrira le récit par la suite : « Le problème était difficile en Australie, où le Comptoir était la seule banque étrangère admise à fonctionner, et où les juristes prétendaient que notre changement de structure nécessiterait une nouvelle autorisation. Dans ce cas, nous étions sûrs qu’un refus, analogue à celui infligé à toutes les banques étrangères, nous serait opposé. Je fis appel aux amis que je m’étais faits là-bas et nous partîmes en octobre 1966 pour un voyage qui nous fit faire escale au Liban, en Inde, à Hong Kong et enfin Sydney où la BNP fut admise à continuer son action comme par le passé ». 

En 1967, Henry Bizot, apprenant la création de l’Australian Resource Development Bank, écrit au gouverneur de la Reserve Bank pour lui dire que la BNP est prête à étudier tout emprunt international dont la nouvelle institution pourrait avoir besoin et propose également qu’une partie de ses réserves en devises soit placée à la BNP à Paris. Trois ans plus tard, la BNP participe à la création de l’AEFC (Australian European Finance Corporation), société anonyme australienne détenue par la Commonwealth Bank of Australia (51 %), la BNP (19 %), la Banca Nazionale del Lavoro (15 %) et la Dresdner Bank (15 %). L’objectif est de créer une institution financière active dans les prêts commerciaux en dollars australiens et en devises.

En 1969, l’arrivée de Louis Jalabert à la tête de la banque marque un tournant ; Paris veut relancer l’activité commerciale de la banque qui continue à essayer de vivre sur le financement des lainiers français. Redynamiser l’activité de la banque est d’autant plus nécessaire pour la direction parisienne de la banque que les banques étrangères manifestent un intérêt croissant pour l’Australie. Comme ces dernières ne sont pas autorisées à ouvrir des agences, elles vont, au cours des années 1969-1970, ouvrir des bureaux de représentation. La BNP, de son côté, ouvre des agences à Brisbane, Adélaïde et Perth ; un bureau de représentation est ouvert en Nouvelle Zélande.

 Agences de la BNP en Australie :  Melbourne (1972),  Perth, Camberra (1981), cambistes à Sydney en 1985 (Archives historiques de BNP Paribas).

En 1980, la banque reste la seule banque étrangère importante à opérer en Australie avec une licence bancaire complète. La gamme de produits et services est large avec les comptes courants, les comptes à terme, les découverts, les prêts, l’escompte, les financements à moyen et long terme, les lettres de crédit et les opérations de change et de trésorerie. 

La crise boursière de 1987 est difficile pour la BNP qui doit réduire ses effectifs. L’introduction du ratio de solvabilité bancaire Cooke rend les conditions d’exploitation plus difficiles, d’autant que la concurrence s’accroît avec la dérèglementation et l’ouverture du marché aux banques étrangères. Cependant, la banque démarra avec succès son activité de banque d’affaires et réalise une vingtaine d’opérations de fusions-acquisitions en 1988. L’activité de marchés de capitaux est satisfaisante avec des opérations réalisées avec Hong Kong et Londres.

Mais les années suivantes restent difficiles et les agences de Canberra et d’Adélaïde sont fermées. L’activité banque privée est arrêtée et au total la banque réduit ses effectifs de 25 %. Un montage particulier avec une émission de titres subordonnés swappés en dollars américains puis en dollars australiens, est finalement accepté par la Reserve Bank ce qui permet de résoudre la question des fonds propres réglementaires.

À la fin des années 1990, le groupe australien se porte bien et continue de se développer. Fort de ses quatre agences (Sydney, Melbourne, Brisbane et Perth) et son agence d’Auckland en Nouvelle Zélande, le groupe emploie 550 personnes et affiche des revenus conséquents, notamment grâce aux revenus de l’activité courtage de titres. La BNP s’impose également dans les financements de projets et dans les financements structurés avec de nombreuses opérations de leasing de flottes de voitures et de camions. Et le magazine Euromoney relève que la salle des marchés de la banque figure parmi les cinq meilleures de la place de Sydney.

Geoffroy de Lassus